27 juillet 2021 | il y a 4 ans

Souhil Meddah, expert financier : «Les réserves de change restent statistiques»

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Les réserves de change sont de l’ordre de 44 milliards de dollars contre 53 en 2019. Est-ce que c’est suffisant pour couvrir les besoins de l’Algérie et assurer les équilibrages nécessaires ?

C’est une question qui se pose sur le plan du soutien de la balance des paiements pour la compensation de son déficit. Cette question a toujours été adossée à l’efficacité des indicateurs de performance macro-économique. Ce qu’il faut retenir, c’est que, d’une part, le niveau des réserves de change reste quand même un bloc statique, qui ne progresse pas, ou n’engage pas de fluctuations diverses en fonction des revenus, mais actuellement, il sert à compenser les déficits constatés périodiquement sur la balance des paiements, en commençant par la balance commerciale par les autres comptes courants, de revenus primaires, des revenus secondaires et les comptes de capital. Il est également utile de faire une lecture analytique de la composante de la balance des paiements, surtout qu’hormis la balance commerciale, qui vis-à-vis des groupes d’utilisateurs présente en moyenne un ratio d’échange de 0.01 à 0.37 sur l’échelle de Grubel & Lloyed. Ce qui explique la difficulté constatée dans l’inversion de la tendance entre import-export dans certains groupes, les autres soldes des comptes courants nécessitent plus d’apport en équilibre et en collecte des devises étrangères.


Faut-il introduire de nouvelles restrictions à l’importation pour réduire nos dépenses en devises ?

Les restrictions des importations sont assimilables à une politique protectionniste. Qu’elle soit administrative ou tarifaire, une politique protectionniste ne peut pas durer dans le temps, son champ est très limité dans la durée et dans les effets. A titre d’exemple, les rubriques des revenus primaires, notamment sur les participations existantes, les IDE peuvent garantir un équilibre sur les rubriques du compte capital, à condition que le volume des IDE ne chute pas.


Des opérateurs ont proposé de réinstaurer le crédit acheteur auprès des fournisseurs étrangers  dans l’optique de préserver nos réserves de change. Qu’en pensez-vous ?

Ce crédit acheteur ou fournisseur permet de différer le paiement et, de ce fait, le transfert des devises vers l’étranger. Ceci reste un mode de paiement utile pour la scène micro-économique, c’est-à-dire de l’entreprise, qui peut bénéficier d’un délai supplémentaire de paiement et aussi de flexibilité dans ses échanges avec une réduction des coûts sur les souscriptions en loi complémentaire. Cette méthode de transfert libre n’est pas nouvelle, elle existait avant la LFC 2009, mais elle sera beaucoup plus efficace sur le plan macro, si on l’ajuste au marché à terme afin de permettre à la Banque d’Algérie de se projeter sur les futurs besoins en transferts et aussi à l’opérateur de pouvoir réserver les devises transférables au taux de change préétabli avec risque d’écart réduit.


Jusque-là, nous avons évité l’endettement extérieur. Avec la situation financière peu reluisante du pays, ne pensez-vous pas que c’est une question de temps ?

Il y a différents types d’endettement qui se mobilisent selon leur nature, la source du besoin et son contexte. Il peut être question d’un financement de structure, tout en étant dans une situation financière stable, et ce, par effet de levier, en misant le coût de l’investissement, de son endettement par rapport au rendement qu’il dégage sur une durée précise. Il peut aussi s’agir d’un investissement concessionnel ou participatif avec partage des gains des risques, à condition qu’il soit un investissement qui permet d’exporter au moins 70% de ses services. Cette forme d’endettement peut se consolider avec le niveau des réserves de change pour soutenir artificiellement et temporairement la parité du dinar. D’autre part, les IDE peuvent soutenir directement un modèle de financement progressif, à condition que le niveau de leurs apports ne chute pas durant les 15 prochaines années.


Par contre, la forme la plus contraignante d’endettement risque d’être dans une situation de crise de liquidité, surtout si la tendance de la chute des réserves de change ne s’inverse pas. De ce fait, il est utile de considérer que le passage obligé doit se faire sur la partie des financements des investissements contre un niveau des réserves de change qui garantit notre solvabilité nationale, ou également de s’ouvrir vers les IDE et éventuellement les IPE.


Entretien réalisé par Wassila Ould Hamouda

26 juillet 2021 | algeria-logo