«Le taux de remplissage des 81 barrages à la mi-décembre dernier est de 33 %, soit 2.6 milliards de mètres cube d’eau», selon le Directeur général de l’Agence nationale des barrages et transfert (ANBT), Abdelatif Azira.
8 barrages affichent un niveau de remplissage de 70%
Abdelatif Azira avait à la fin de l’année 2025 précisé que «les barrages localisés à l’Est et au Centre du pays renferment une quantité d’eau assez appréciable, étant donné que ceux de l’Est sont remplis à environ 60%, dont huit affichent un niveau de remplissage de 70%, notamment les barrages de Ben Haroun et Tablout, respectivement situés à Mila et Jijel». Ce qui n’est toutefois pas le cas, poursuit-il, pour «les zones Centre et Ouest du pays, qui pourraient être partiellement affectées par le stress hydrique, puisque leur niveau de remplissage actuel fluctue entre 19 et 27%».
Face à cette situation critique, le dessalement n’est plus une option marginale. Elle est l’un des piliers industriels émergents de l’ère du stress hydrique, selon Nadjib Drouiche, directeur de recherche au Centre de recherche en semi-conducteurs pour l’énergétique (CRTSE). «Longtemps perçu comme une solution coûteuse, énergivore et polluante, il connaît aujourd’hui une recomposition profonde», fait-il remarquer, estimant que «les autorités ont engagé, ces dernières années et particulièrement en 2025, un effort soutenu à travers l’inauguration et la mise en service de nouvelles stations de dessalement». Selon lui, cette mutation repose désormais sur trois axes stratégiques indissociables.
Un parc de dessalement en expansion
«Il s’agit, en premier lieu, de réduire drastiquement les besoins énergétiques, de transformer la saumure, autrefois un déchet, en ressource et enfin d’intégrer pleinement l’intelligence numérique dans les usines et les réseaux», explique Nadjib Drouiche, soulignant que «plusieurs des projets lancés ou inaugurés récemment en Algérie s’inscrivent précisément dans cette logique technologique». Dans ce sens, le dessalement pourrait devenir, à moyen terme, «un pilier abordable et environnementalement acceptable de la sécurité hydrique pour les pays côtiers», à condition, précise-t-il, «de résoudre suffisamment et vite les défis liés aux émissions et à la gestion des rejets».
Nadjib Drouiche ajoute que «l’Algérie dispose désormais d’un parc de dessalement en expansion, appelé à évoluer vers des standards plus durables». Ces transformations sont, dés lors, loin d’être théoriques. Il rappelle que «la part de l’eau dessalée dans l’approvisionnement urbain augmente rapidement», notamment «avec l’entrée en exploitation, au cours de l’année 2025, de plusieurs stations côtières destinées à sécuriser l’alimentation en eau potable».
Des défis technologiques persistent
Cette dynamique offre, selon lui, «une occasion unique de sauter des générations technologiques», en adoptant directement des modèles sobres en carbone et en rejets, estimant que «le choix d’investir dans des infrastructures modernes permet d’éviter des solutions intermédiaires coûteuses à long terme». Il met, toutefois, en garde sur le fait que «cette transition exige des institutions solides, un suivi environnemental rigoureux et un cadre réglementaire incitant à la valorisation de la saumure plutôt qu’à son rejet». Sans planification intégrée liant énergie, eau et environnement côtier, prévient-il, «le risque est de résoudre la pénurie d’eau au prix d’une dégradation des écosystèmes marins».
Les progrès technologiques réalisés ces dernières années renforcent cette nécessité. Au centre de cette transformation figure, précise Nadjib Drouiche, «l’osmose inverse», soulignant que «les progrès continus sur les membranes, les pompes haute pression et les systèmes de récupération d’énergie ont permis, en trente ans, de réduire fortement la consommation électrique par mètre cube produit». C’est pourquoi, dit-il, «les procédés membranaires se sont imposés comme la technologie dominante à l’échelle mondiale». Mais la dynamique est loin d’être achevée. « Nous ne sommes plus seulement dans des gains incrémentaux », estime-t-il.
Réduction des coûts énergétiques
«Les membranes biomimétiques ou nano-structurées», fait savoir Nadjib Drouiche, promettent «des perméabilités accrues et une meilleure résistance à l’encrassement». Parallèlement, les systèmes hybrides combinant membranes, chaleur basse température et procédés électrochimiques «pourraient, dans certains cas, diviser par deux les coûts énergétiques actuels». Cette approche systémique se matérialise déjà sur le terrain. Nadjib Drouiche cite le projet Salto de Chira, à Gran Canaria, comme exemple emblématique que l’Algérie pourrait bien adopter. «Il ne s’agit plus d’un dessalement vu comme un simple consommateur d’électricité, mais comme une charge flexible intégrée à un système de production et de stockage renouvelable», explique-t-il. Ce type d’infrastructures intégrées, ajoute-t-il, «attire de plus en plus l’attention des bailleurs publics et multilatéraux», traduisant un changement profond de perception du secteur. Au-delà de l’énergie, le directeur de recherche pointe ce qu’il qualifie de «talon d’Achille environnemental historique du dessalement à savoir la saumure».
Chaque usine produit un effluent hypersalé susceptible de fragiliser les écosystèmes côtiers. Mais le récit est en train de basculer. «La saumure n’est plus seulement un problème à gérer, elle devient une opportunité économique», affirme-t-il, citant «l’extraction de sels, de magnésium, de lithium, ou encore stratégies de zéro rejet liquide, les pistes se multiplient». L’électrodialyse métathétique, la cristallisation membranaire ou les membranes électro-pilotées permettent, conclut-il, «de récupérer des minéraux à valeur ajoutée tout en réduisant les volumes rejetés».