12 mars 2025 | il y a 1 an

Espace rural et zones d’ombre : La synergie des programmes de développement

L’intérêt des pouvoirs publics pour les zones rurales, fortes d’une population d’environ 11 millions d’habitants, s’est articulé autour de deux grands axes majeurs : la politique de Renouveau rural, pilotée par le ministère de l’Agriculture, du Développement rural et de la Pêche, d’une part, et le développement des Zones d’ombre, mené par le ministère de l’Intérieur, des Collectivité locales et de l’Aménagement du territoire.

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La stratégie du Renouveau rural, à travers les projets de proximité de développement rural intégré (PPDRI), avait bénéficié à 1 115 000 ménages, soit une population de quelque 6 700 000 habitants. Ces projets se sont étalés entre 2009 et 2014. À cela, il faut greffer les autres projets de même nature, mais ayant bénéficié d’autres montages financiers à l’image des Projets d’emploi rural (PER 1 et 2), cofinancés avec la Banque mondiale et d’autres projets de coopération (FIDA, PNUD, UE, FAO,..).


En tout, ce sont pas moins de 10 millions d’habitants des zones de montagne, de la steppe et du Sud algérien qui ont bénéficié des actions inscrites dans ces projets dans un contexte de recul de l’insécurité générée par la Décennie noire et de la volonté de la majorité des ménages de retourner dans les zones abandonnés après un long exode.


Ce retour, qui est aujourd’hui une réalité, n’aurait pas pu se faire sans le soutien et l’accompagnement des pouvoirs publics en matière de construction de logement rural, de désenclavement par l’aménagement des voies de desserte, de mobilisation des ressources hydriques, de retour aux activités agricoles et artisanales, etc.


Ayant établi, en 2020, le constat de certaines insuffisances et disparités qui persistaient dans le cadre de vie des populations rurale, le gouvernement conçut un programme de « rattrapage » orienté vers le développement de ce qui est appelé « Zones d’ombre ».


Ce programme de développement conçu en direction de ces espaces ruraux a abouti à la réalisation de près de 30 000 projets pour un montant financier de près de 350 milliards de dinars et touchant une population de 6 millions d’habitants.


Assainissement, adduction d’eau potable, éclairage public, aménagement de chemins vicinaux et de pistes rurales, raccordement à la fibre optique, installation d’antenne 4G, réalisation et aménagement de salles de soins, réfection d’écoles primaires, établissement du transport scolaire, réalisations d’antenne administratives,…etc., sont les quelques réalisations inscrites dans une nomenclature bien étoffée note dans des fiches techniques suite au diagnostic établi par les services techniques de la daïra et de la commune.


Une approche innovante

Dans un contexte de recherche de la stabilisation du monde rural et d’efforts tendus vers la sécurité alimentaire du pays et la diversification maximale des activités économiques, l’approche de la question du monde rural demeure un sujet d’actualité de haute importance.


Après la grande épreuve de la guerre de libération nationale, qui a bouleversé le monde rural par la politique de la terre brûlée et le système de cantonnement des populations des bourgades, est venue la période d’indépendance marquée par la politique d’industrialisation et l’intérêt accordée aux villes.


Ce qui a provoqué un premier mouvement d’exode qui a commencé par étouffer les villes et dégarnir la campagne. Il s’ensuivit que beaucoup de métiers ruraux furent abandonnés et un précieux savoir-faire paysan vit son parcours s’arrêter sans transmission à la nouvelle génération. Vint, enfin, la décennie du terrorisme qui a été à l’origine du déplacement de plusieurs dizaines de milliers de personnes de la campagne à la ville.


Si les grandes fermes, héritées des domaines autogérés ont, bon gré mal gré, continué à fonctionner, les zones rurales les plus enclavées, où les ménages ne disposent ni de grandes parcelles, ni de titres de propriété, ni d’infrastructures hydrauliques, ont été vidées de leur substance humaine.


Cela semble constituer, pour la paysannerie algérienne, un « destin » qui dure depuis le début de la colonisation française et que l’intellectuel Slimane Zeghidour a rappelé en parlant de 2,5 millions de déracinés par la colonisation qui sont laissés dans le dénuement total, ce qui a provoqué, explique-t-il une « rupture entre l’homme et la terre ».


Ce processus de déracinement a abouti à l’abandon des terres, ce qui a induit un profond bouleversement de la société. Il dira que « le cordon ombilical entre l’homme et la terre est définitivement coupé du fait de ce dé- racinement opéré par la puissance coloniale pendant l’occupation du pays ».


Des séquelles de tout ce long itinéraire d’infortune demeurent vivaces à ce jour. Les litiges fonciers (copropriété, indivision, absence de titres, terres arch), l’enclavement pour raison de terrains accidentés et par manque de desserte, l’absence d’infrastructures hydrauliques et d’autres équipements sociaux, étaient le lot des populations rurales jusqu’à un passé récent.


La politique de développement rural qui s’adresse aux zones de montagne enclavées a été conçue en parallèle avec le soutien au développement de l’agriculture professionnelle situées dans les plaines et organisées par filières (céréales, arboriculture, viticulture, lait, maraichages,…).


Ce sont tous les secteurs d’activités qui sont appelés à participer au montage des projets, avec, en prime, la participation des populations avec des propositions concrètes. Les agents de l’État sont, dans ce genre de projets, appelés à appliquer la méthode dite de l’approche participative ascendante.


Évaluation de l’impact socioéconomique

Outre les programmes de développement rural et des Zones d’ombre, les pouvoirs publics ont également conçu une politique du microcrédit et de la micro-entreprise destinées aux jeunes des villes et des zones rurales. Dans ces dernières, plusieurs activités d’élevage, de collecte de lait cru, de métiers artisanaux ont été soutenues par les dispositifs de l’Ansej, de l’Angem ou Cnac.


Même si, parfois, il y avait un déficit de cette vision d’intégration qui est supposée animer les projets de façon à ce qu’ils bénéficient de marchés et de matières premières, ces dispositifs ont, malgré tout, réussi à insuffler une dynamique qui s’est étendue à toutes les tranches d’âge de la jeunesse rurale.


Une forme d’émulation s’est installée, y compris vers l’inscription à la formation professionnelle, laquelle, pour certains métiers, est exigée dans un niveau dé- terminé pour l’accès à des financements bancaires par microcrédit.


Sur le plan des résultats sur le terrain, le constat, a postériori, fait ressortir l’heureuse combinaison des différents programmes de développement mobilisés au bénéfice des ménages ruraux, et ce, malgré une chronologie qui n’est pas toujours linéaire.


Des programmes et de projets viennent compléter, consolider ou valoriser des réalisations précédentes. L’impact sur l’emploi, l’augmentation et la diversification des revenus, ainsi que sur la stabilisation des populations, est bien visible dans les bourgades et villages ruraux.


Des études détaillées d’impact social et économique de ces différents programmes sont aujourd’hui souhaitées par beaucoup de gestionnaires des territoires (collectivités locales et directions techniques de wilaya) afin d’en tirer les enseignements pour la conception et la mise en œuvre des futurs programmes.

13 mars 2025 | algeria-logo