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Face à la volatilité des marchés mondiaux et aux tensions sur les approvisionnements, l’économie circulaire s’impose comme un outil stratégique pour renforcer l’autonomie industrielle de l’Algérie. Optimiser l’usage des matières, substituer intelligemment et structurer le recyclage permet non seulement de sécuriser les matières premières critiques, mais aussi améliorer la compétitivité de l’économie nationale.
Diminuer la dépendance aux importations
Longtemps perçue comme une démarche environnementale, l’économie circulaire est désormais un levier industriel et géopolitique. Dans un contexte où les matériaux tels que le lithium, le cobalt, les terres rares ou le graphite sont essentiels pour la mobilité, l’énergie et l’électronique, chaque tonne économisée ou recyclée devient une ressource stratégique. Elle contribue, en effet, à diminuer la dépendance aux importations, à stabiliser les coûts et à réduire l’empreinte carbone des industries.
Selon le Dr Nadjib Drouiche, Directeur de Recherche au Centre de Recherche en Technologie des Semi-conducteurs pour l’Énergétique (CRTSE) en Algérie, la réduction de l’usage repose sur la conception et l’optimisation des procédés industriels. Plus explicite, il souligne le secteur pétrochimique, ou des procédés catalytiques plus performants permettent de réduire la consommation d’additifs ou de catalyseurs à base de métaux rares. Dans la sidérurgie et le ciment, l’intégration de laitiers ou de ferrailles diminue l’usage de matières primaires tout en limitant les émissions de CO₂.
La substitution complète cette approche. Elle consiste à remplacer les matières critiques par des alternatives plus abondantes, recyclées ou moins coûteuses. Les alliages simplifiés, les polymères recyclés haute performance ou les catalyseurs alternatifs permettent de réduire la dépendance aux importations et d’améliorer la résilience industrielle. Ces choix doivent être évalués sur l’ensemble du cycle de vie pour éviter les effets pervers et garantir un impact environnemental net positif.
Transformation des déchets en ressources
Le recyclage constitue, selon directeur de recherche au CRTSE, «le pilier le plus visible de l’économie circulaire». Il permet de récupérer , selon lui, les matériaux en fin de vie et de les réinjecter dans les chaînes de production. 3 modèles peuvent ainsi, être mis en œuvre en Algérie. Il s’agit des unités centralisées, de grande taille, détenues par des groupes industriels, des structures régionales, plus petites, proches des municipalités ou encore des modèles hybrides, combinant centres de tri locaux et unités régionales de valorisation. Pour les métaux critiques, la création de clusters régionaux dédiés aux déchets électroniques, batteries et pièces automobiles permet de trier et prétraiter localement avant valorisation.
L’aluminium et l’acier peuvent, par ailleurs, être réintroduits via la récupération des chutes industrielles, réduisant rapidement la consommation de matières primaires et sécurisant l’approvisionnement. Selon de statistiques récentes, l’Algérie génère près de 34 millions de tonnes de déchets par an, dont une part significative pourrait être valorisée dans une économie circulaire, pleinement opérationnelle. Malgré un taux de recyclage global faible, estimé entre 10 à 12% du total des déchets produits, la valorisation des matières recyclables représente une opportunité économique majeure.
Les expériences européennes offrent, de l’avis de le Dr Nadjib Derwiche, des repères concrets. Le recyclage des véhicules hors d’usage et des batteries lithium ion illustre l’efficacité de filières intégrées. Les composants stratégiques, tels que les moteurs électriques, aimants, batteries; sont récupérés et envoyés vers des recycleurs certifiés, limitant la dépendance aux importations. Dans le secteur de l’aluminium, des flux bien organisés permettent des taux de recyclage supérieurs à 80 %. L’intégration verticale entre collecteurs, fondeurs et producteurs stabilise l’offre de matière secondaire et réduit les coûts industriels.
Mesurer et piloter la transition
Pour l’Algérie, la mise en place d’un marché régulé des matières secondaires, avec certification et traçabilité, pourrait stimuler, précise le Nadjib Drouiche, l’utilisation de matériaux recyclés. Les incitations fiscales et les marchés publics verts; exigeant un pourcentage minimal de matière recyclée; favoriseraient également l’adoption et la rentabilité des filières locales. Selon les experts, un système de recyclage performant pourrait générer jusqu’à 92 milliards de dinars par an, tout en réduisant la dépendance aux matières importées et en créant de nouvelle chaines de valeurs.
Le succès de l’économie circulaire dépend, insiste le Dr Drouiche, «d’une coordination efficace entre plusieurs acteurs». L’État pourrait ainsi intervenir via des incitations réglementaires, comme la responsabilité élargie du producteur et la modulation des taxes. Le secteur privé investit dans des filières structurées, tandis que les universités et centres de recherche soutiennent l’innovation en matériaux et procédés. L’intégration du secteur informel de la collecte est également cruciale. Dans plusieurs pays d’Afrique du Nord, sa formalisation progressive a permis de sécuriser les volumes collectés tout en générant des emplois locaux.
La réussite repose sur des indicateurs simples et concrets. Le Dr Drouiche évoque le taux de recyclage interne, réduction des achats de matières primaires, coûts évités. Les audits, projets pilotes et partenariats industriels constituent la base d’une feuille de route réaliste sur 5 ans. Pour l’Algérie, l’économie circulaire appliquée aux matières premières critiques représente un levier de souveraineté industrielle, de compétitivité économique et de transition écologique. Chaque tonne recyclée ou économisée devient une ressource stratégique au service du développement durable et de l’avenir industriel du pays.